Une enquête menée depuis octobre 2024 par les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, avec l’appui de l’UNESCO et de l’OMS, met en lumière plusieurs vulnérabilités chez les élèves gabonais. Santé mentale, insécurité alimentaire, consommation d’alcool et violences en milieu scolaire figurent parmi les principaux enjeux révélés par les résultats présentés en Conseil des ministres.
Des comportements et des conditions de vie qui fragilisent les élèves
Le Conseil des ministres a pris acte des résultats de l’enquête sur la santé en milieu scolaire, conduite à partir d’octobre 2024 par le ministère de l’Éducation nationale et le ministère de la Santé, avec le soutien de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette étude avait pour objectif d’évaluer les comportements et l’état de santé des élèves, mais également d’examiner les politiques sanitaires mises en œuvre dans les établissements scolaires.
Les résultats font apparaître plusieurs facteurs de vulnérabilité susceptibles d’affecter le bien-être des élèves, leur parcours éducatif et, plus largement, leur développement.
Selon les données communiquées, 21,2 % des élèves ont consommé de l’alcool au cours du mois précédant l’enquête. Parallèlement, 29,5 % déclarent vivre une situation d’insécurité alimentaire à domicile, un indicateur qui souligne l’importance des conditions de vie familiales dans l’environnement scolaire.
L’enquête relève également que 39,7 % des élèves âgés de 13 à 17 ans déclarent avoir déjà eu des rapports sexuels. Cette donnée pose notamment la question de l’accès des adolescents à une information adaptée à leur âge, à l’éducation à la santé et aux dispositifs de prévention.
Autre constat : 47,8 % des élèves ont subi au moins une blessure grave au cours des douze derniers mois. Ce résultat invite à examiner les circonstances de ces blessures, les mécanismes de prévention existants et la capacité des établissements à assurer une prise en charge appropriée.
Santé mentale : des indicateurs particulièrement préoccupants
La santé mentale constitue l’un des principaux points d’alerte de cette enquête.
74,3 % des élèves déclarent éprouver un sentiment de solitude, tandis que 64,3 % signalent des troubles du sommeil. Plus préoccupant encore, 22,7 % indiquent avoir sérieusement envisagé de se suicider.
Ces résultats mettent en évidence des difficultés qui dépassent le seul cadre des apprentissages scolaires. La solitude, les troubles du sommeil et les idées suicidaires sont des indicateurs qui nécessitent une attention particulière de la part des familles, des équipes éducatives et des professionnels de santé.
Le milieu scolaire occupe, à cet égard, une place importante. Les établissements peuvent contribuer au repérage des élèves en difficulté, à la prévention et à leur orientation vers des professionnels qualifiés. Encore faut-il disposer de personnels formés, de mécanismes de signalement adaptés et de solutions de prise en charge accessibles.
Les chiffres communiqués ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir les causes de ces difficultés ni de déterminer dans quelle mesure elles sont liées entre elles. Ils constituent néanmoins un signal en faveur d’une attention accrue à la santé psychologique des jeunes.
Violences et cyberharcèlement : une autre dimension du problème
Les difficultés rapportées par les élèves s’inscrivent également dans un contexte de violences en milieu scolaire et dans les espaces numériques.
D’après l’enquête, 17,9 % des élèves déclarent avoir été victimes de violences ou de harcèlement à l’école. En outre, 9,9 % rapportent des situations de cyberharcèlement.
Ces phénomènes peuvent affecter le sentiment de sécurité des élèves, leurs relations avec leurs camarades et leur expérience quotidienne de l’école. Le cyberharcèlement étend par ailleurs les risques au-delà des salles de classe, puisque les agressions peuvent se poursuivre à travers les téléphones et les réseaux sociaux.
La prévention suppose donc une réponse qui associe les établissements, les familles et les acteurs compétents. Elle peut notamment passer par des mécanismes confidentiels de signalement, une sensibilisation des élèves, la formation des enseignants et des procédures claires de prise en charge des victimes.
L’enjeu consiste également à garantir que les élèves puissent signaler les faits sans crainte de représailles et bénéficier d’un accompagnement approprié.
Quels enjeux pour les politiques publiques ?
Pris dans leur ensemble, les résultats soulèvent plusieurs questions pour les autorités chargées de l’éducation et de la santé publique au Gabon.
Première priorité : renforcer la prévention et la prise en charge en santé mentale. Les données relatives à la solitude, aux troubles du sommeil et aux idées suicidaires plaident pour une attention renforcée au bien-être psychologique des élèves, ainsi que pour des dispositifs d’écoute, d’orientation et d’accompagnement adaptés.
Deuxième priorité : mieux articuler santé et éducation. La consommation d’alcool, les comportements sexuels déclarés et les blessures nécessitent des actions de prévention adaptées aux différentes tranches d’âge. La coordination entre les équipes éducatives et les professionnels de santé peut contribuer à rendre ces interventions plus accessibles.
Troisième priorité : intégrer les conditions de vie dans la réponse éducative. Le taux d’insécurité alimentaire rapporté par les élèves rappelle que les difficultés rencontrées à l’école ne peuvent être examinées indépendamment de leur environnement familial et social. Les réponses possibles impliquent une coordination entre les secteurs de l’éducation, de la santé et de la protection sociale.
Quatrième priorité : renforcer la protection contre les violences. La lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement nécessite des règles compréhensibles, des procédures de signalement et un accompagnement effectif des élèves concernés.
Enfin, la publication d’indicateurs complémentaires, notamment par tranche d’âge, sexe, zone géographique et type d’établissement, permettrait de mieux cerner les populations les plus exposées et d’orienter les interventions. Le suivi de ces indicateurs dans le temps serait également utile pour évaluer les effets des mesures mises en œuvre.
Au-delà du constat, la question de la mise en œuvre
La prise d’acte des résultats par le Conseil des ministres constitue une étape institutionnelle. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure à l’adoption de nouvelles mesures ou à la mise en place d’un programme spécifique.
L’enjeu est désormais de savoir comment ces données seront traduites en actions concrètes, quels moyens seront mobilisés et selon quel calendrier les interventions seront déployées dans les établissements scolaires.
Pour le Gabon, la santé en milieu scolaire apparaît ainsi comme un sujet transversal, à la croisée de l’éducation, de la santé publique et de la protection de l’enfance. Les résultats de cette enquête fournissent une base de réflexion pour mieux identifier les besoins des élèves et renforcer les réponses institutionnelles, à condition que le diagnostic s’accompagne d’un suivi et de mesures adaptées.
Source : résultats de l’enquête sur la santé en milieu scolaire, tels que présentés au Conseil des ministres. Enquête conduite à partir d’octobre 2024 par les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, avec l’appui de l’UNESCO et de l’OMS.
